En partenariat avec la Plateforme Jonas

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en France, un enfant est victime de violences sexuelles toutes les 4 minutes

Des définitions

« Mal nommer un objet, c’est ajouter au malheur de ce monde », écrivait Camus en 1944. Dans le domaine des violences sexuelles, cette phrase résonne de manière singulière. Avant le rapport de la CIASE, il était encore question de « gestes inappropriées » ou de « gestes déplacés » pour qualifier un viol ou une agression sexuelle. De même, des atteintes sexuelles entre jeunes ont pu être qualifiées de  « découverte de la sexualité de l’autre » ou de« touche-pipi ». L’approche éducative et la bienveillance envers les enfants ne doivent pas empêcher de nommer correctement et lucidement les actes posés.  

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des agresseurs sont des hommes
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des violences sexuelles sont intra familiales

L’ampleur des violences sexuelles faites aux enfants

L’ampleur du fléau est largement sous-estimée

Peu de statistiques alors que toute la société est concernée. On connaît en France le nombre d’appareils électro-ménagers par habitant mais on sait peu de choses sur l’ampleur des violences sexuelles et ce que nous savons est certainement inférieur à la réalité du fait d’une puissante omerta sur ces sujets. Le manque de données empêche toute construction d’une politique publique d’intervention et de prévention : « pas de thermomètre, pas de température ! ».

Une enquête fiable, menée par téléphone auprès de 27 000 personnes : l’enquête VIRAGE

L’enquête VIRAGE (Violences et Rapports de Genre) a été menée par l’Institut national d’études démographiques (INED).  Un échantillon de 27 000 femmes et hommes âgés de 20 à 69 ans ont été appelés par téléphone en 2015 par près de 110 professionnels du sondage. Chaque appel a duré plus d’une heure et a permis d’inventorier les éventuelles violences sexuelles subies au cours des 12 derniers mois ou tout au long de la vie.

Cette étude très intéressante met en évidence les éléments suivants :

  • Les femmes sont atteintes tout au long de leur vie, dans tous les espaces, alors que les hommes le sont principalement dans le cadre de la famille pendant l’enfance et l’adolescence.
  • Les hommes adultes sont massivement (99%) les agresseurs des femmes et des enfants
  • Les hommes agressés le sont surtout dans l’enfance
  • Dans tous les contextes de vie et à tous les âges, les taux de violences sexuelles sont quatre fois plus élevéspour les femmes que pour les hommes.
  • Les femmes déclarent plus souvent des violences répétées et qu’elles jugent graves ou très graves.
  • Les violences sexuelles sont en majorité commises sur des mineurs
  • Les agressions ont massivement lieu dans le cercle familial ou parmi les proches (sphère de confiance).
    Le Conseil de l’Europe évalue entre 70 % et 85 % la proportion des violences sexuelles intrafamiliales.

Les chiffres de cette enquête aboutissent à un total de 45 000 viols et agressions sexuelles sur mineurs par an (37 000 filles et 8 000 garçons).

On trouve dans les médias le chiffre de  165 000 victimes qui concerne tous les délits et crimes sexuels (dont le harcèlement, la sextorsion, la prostitution infantile, etc.)

Stratégies des auteurs de violence sexuelle sur enfants

Les agresseurs d’enfant suivent un stratagème quasi-constant et qui peut prendre des jours, des semaines ou des mois. Il s’agit de s’en prendre à un enfant sans être vu ou dénoncé par la victime. Attention ! Il faut noter que tous les agresseurs d’enfants ne sont pas pédophiles et réciproquement.

Tout d’abord, un agresseur sexuel se fait facilement accepter dans des structures accueillant des mineurs. En général, il ressemble à « monsieur tout-le-monde », il présente « bien », il peut être marié et père de famille, il a des idées sur l’éducation, sur l’animation et, le plus souvent, son casier judiciaire est vierge.

Il sait parfaitement que ce qu’il fait est interdit. Il va donc construire son impunité en gagnant la confiance de tous : toujours prêt, toujours d’accord, accommodant, cherchant le compromis, etc. Devenu un « homme de confiance », il se proposera pour des missions spéciales : un entretien en particulier avec un enfant difficile, ramener un enfant chez ses parents ou amener une jeune fille à une sortie organisée, etc.

Il peut participer à installer une ambiance de banalisation de la sexualité : blagues douteuses ou graveleuses, histoires sexuelles, commentaires sur telle ou telle jeune fille, diffusion de photos ou de vidéos pornographiques par les réseaux sociaux.

Puis il va repérer les enfants les plus vulnérables : une famille désunie, une mère élevant seule ses enfants, peu ou pas de copains, facilement à l’écart, timide, réservé, peu affirmé, en difficulté d’apparence, etc.

Déstabilisant l’enfant par une alternance de compliments et de reproches, en l’humiliant devant les autres enfants par des injustices flagrantes puis en utilisant des mots de séduction, il met en place, peu à peu, une emprise qui enserre l’enfant et le coupe des autres enfants et des adultes par l’exigence du silence qui isole l’enfant.

À partir de ce moment, il ne reste plus à l’agresseur que deux questions : où et quand ?

La prévention va donc consister pour les membres et les responsables de la communauté éducative qui accueille les mineurs à :

Ainsi, de la même façon que nous parvenons à nourrir les élèves avec une nourriture non toxique, à leur faire pratiquer des activités non dangereuses, des déplacements bien contrôlés, etc., nous pouvons également assurer leur protection contre des violences sexuelles qui pourraient les atteindre.

Le Fichier judiciaire automatisé des auteurs d’infractions sexuelles ou violentes (FIJAISV)

En 2004, le fichier judiciaire comprenait près de 20 000 personnes, puis 43 000 en octobre 2008 et près de 78 000 en mars 2018. Cette base de données des délinquants sexuels était attendue pour lutter contre les récidives et faciliter le travail des enquêteurs.

Le Fichier Judiciaire Automatisé des Auteurs d’Infractions Sexuelles ou Violentes (FIJAISV)  a été créé par l’article 48 de la loi Perben II du 9 mars 2004 . Il s’agit d’une base de données d’informations nominatives tenue par le service du casier judiciaire sous l’autorité du ministre de la  Justice et sous le contrôle d’un magistrat. La consultation de ce fichier est ouverte aux fédérations sportives et aux acteurs de l’éducation et de l’animation accueillant des mineurs.

Pour aller plus loin

Mié Kohiyama est journaliste, de nationalité française, son père est japonais. Elle publie en 2015 chez Calmann-Lévy et sous le pseudonyme de Cécile B. un livre témoignage : « Le petit vélo blanc. ». À l’âge de 5 ans, la petite Mié passe des vacances chez sa grand-tante. Un cousin éloigné l’emmène pour lui apprendre à faire du vélo sur « un petit vélo blanc ». À l’abri des regards il la viole. S’installe alors dans le cerveau de la petite fille une amnésie traumatique qui va durer 33 ans. En effet, à 38 ans, lors d’une hypnose, tout lui revient avec une extrême brutalité : la violence des actes, la terreur de l’enfant, les sons, les images… La descente aux enfers. Ce livre est avant tout le récit poignant et tout à fait ahurissant de ce que traverse une victime de viol qui cherche à guérir cette blessure indélébile en elle. Sans aucune complaisance, sans fard et sans circonvolution, le récit nous entraîne dans l’univers des soins psychiatriques où cohabitent la finesse des soignants, la violence terrible des expériences revécues, l’alternance des phases d’espoir et des moments obscurs où la mort rôde. Nous avançons page après page aux côtés de l’enfant blessé devenue femme qui prend conscience de l’importance de sa blessure et qui comprend, peu à peu, qu’il faudra vivre avec : « En psychiatrie, la notion de guérison n’existe pas car le psychisme est toujours en mouvement ».

Muriel Salmona est une psychiatre française qui a pu suivre tout au long de sa carrière des victimes et des coupables de violences sexuelles. Présidente-fondatrice de l’association Mémoire traumatique et victimologie qui a pour objet l’information et la formation des intervenants prenant en charge les victimes de violences sexuelles notamment les enfants. Muriel Salmona a mis en relation de cause à effet les violences sexuelles subies et l’apparition de symptômes psychiques ou psychiatriques. S’appuyant sur la notion d’état de stress post-traumatique, elle a également mis en évidence et modéliser la « colonisation traumatique par l’agresseur », la « dissociation péri et posttraumatique » et les « conduites à risque dissociantes ». Intervenant souvent dans les médias, elle est, à ce jour, un des fers de lance de la lutte contre la pédocriminalité en France. Elle est membre également de la CIIVISE depuis sa création

Faisant œuvre de pédagogie, l’ouvrage est conçu sous la forme d’une série de 40 questions auxquelles répond Muriel Salmona

Cet ouvrage est une sonnette d’alarme qui vise tous les professionnels de l’action médico-sociale, de la justice et de l’éducation mais également de tous les citoyens pour faire disparaître les maltraitances infantiles.

Afin que tout le monde puisse comprendre ce sujet très complexe, l’auteur a collecté les données cliniques des maltraitances et explique leurs mécanismes tout en les synthétisant.

L’auteur, Gérard LOPEZ, Il dénonce les théories en vogue telles que « le syndrome d’aliénation parentale » (SAP), les « fausses allégations » ou encore la « résilience » qu’il considère comme des obstacles à une prise en compte objective de la réalité des maltraitances faites aux enfants.

Il prend en compte la question du soin de la victime en y comprenant les caractères sociaux, éthiques, juridiques et politiques.

L’auteur, le père Pierre de Charentenay, est prêtre jésuite, originaire des Ardennes, maître en sociologie et docteur en sciences politiques (IEP Paris). Après avoir présidé le Centre Sèvres, il devient en 2004 rédacteur en chef de la revue Études. Dès septembre 2010, il publie dans la revue Études un article sur la sidération produite dans l’Église catholique suite aux affaires de pédophilie. Dans cet article, la théorie de la « brebis galeuse » est battue en brèche par la dénonciation de dysfonctionnements systémiques dans la gouvernance de l’Église. Dans un autre article d’Études, en 2020, il souligne le rôle capital de la parole des victimes. « Sans les victimes, sans leur insistance (…), rien n’aurait eu lieu, car l’Église locale ne réagit que sous la pression ». Dans « Tolérance zéro », l’auteur parcourt l’histoire récente de l’Église catholique et sa gestion de la pédocriminalité dans 11 pays aussi différents que le Chili et la Pologne. En quelques pages rythmées et grâce à des analyses précises, le lecteur peut vérifier qu’il y a bien des constantes dans cette crise majeure : partout des dysfonctionnements systémiques qui s’ajoutent aux crimes (déplacement de coupables d’une paroisse à l’autre, non-dénonciation, disparition de dossiers, opacité, mensonge…) et, dans chaque pays, ce sont les victimes qui font bouger la hiérarchie ecclésiale locale. Ce parcours international inédit est frappant pour le lecteur qui constate que cette crise est vécue de manière simultanée par des populations et des cultures très différentes.